Suite et fin

Pour le moment, la suite fait fin.

Ce n’est que provisoire, comme tout le reste.

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Lundi elles n’explosaient pas toujours

Ce matin, Lisa s’était réveillée au son du marteau-piqueur. Depuis que les travaux du tramway avaient débuté en bas de sa fenêtre, elle avait jeté son réveille-matin orange à la poubelle ; un cadeau de lui, dont elle ne voulait plus. D’autres auraient hurlé au crime contre les tympans, Lisa elle, saluait la providence : ces travaux étaient une belle aubaine et elle ne cessait de s’en réjouir.
D’ailleurs, elle détestait l’orange. Tout comme le mensonge et les retards. « Ponctuelle », c’était une de ses qualités, et elle n’avait pas hésité à la mettre en exergue dans sa lettre de candidature. Si elle avait osé, elle aurait souligné le mot de trois traits gras. Mais Lisa n’osait pas, elle épousait le moule, quel qu’il fût. Cela avait payé, elle avait été embauchée deux jours plus tôt dans le service communication d’une maison d’édition.
L’attachée de presse qui l’avait reçue était parfaite, à tel point que Lisa avait senti poindre un complexe au cours de l’entretien. Complexe qu’elle avait balayé d’un revers de manche, comme à son habitude. À quoi servait un complexe quand la crise frappait le pays ? À la place, elle avait observé et retenu : tunique Lafarga, jean Essence, chaussures à talon bobines de 4 centimètres Libere et bien entendu, veste Crabven.
« Il faudra que je pense à faire du shopping ce week-end », s’était-elle dite en silence. Lisa savait qu’elle devrait choisir au moins quatre tenues différentes pour commencer, et tout cela un cran de qualité en dessous. Si elle avait appris quelque chose de la vie avec sa mère, c’était qu’il fallait toujours suivre, sans jamais dépasser. « Ne pas faire d’ombre à la parfaite, rester en retrait sans faire tâche », tel était son credo. Et vu l’accueil que lui avait réservé l’attachée de presse ce matin encore, Lisa ne s’était pas trompée de tactique.
Tout marchait comme sur des roulettes, Lisa ferait tout pour que cela continue. Elle avait rêvé édition, bûché édition, sué sang, eau et édition… À présent elle comptait bien garder la petite place qu’elle s’était faite dans le milieu. C’est en souriant à cette perspective qu’elle s’assit pour rédiger une invitation à un cocktail. En tant qu’attachée de l’attachée de presse, Lisa jouait les petites mains secourables et aujourd’hui il s’agissait de trouver le bon ton pour convier les auteurs de la maison au pot annuel. Elle avait lu la liste des ouvrages et des auteurs publiés dans l’année, pensant trouver l’inspiration, puis elle avait écarté cette option. Que pourrait-elle bien faire de Aimer d’amour, Cavalcade en terre solaire, Quand le cancer m’a eue…, Mélusine et le jardinier, Persécution, Ma vie hors pistes ou encore Monglobe ?
Rien.
De la même façon qu’elle ne pourrait rien faire du message qu’elle venait de recevoir.
Déstabilisée, Lisa décida de marcher jusqu’à la machine à café. Il était presque dix heures et la parfaite apprécierait sans doute de s’écouter bavarder un instant. Lorsque Lisa poussa discrètement la porte du bureau de sa chef, elle s’aperçut qu’elle avait fait fausse route : la parfaite était déjà en ligne, et son sourcil droit commençait à froncer. Elle posa furtivement le café-crème fumant sur un coin du bureau, et sortit pour regagner sa place.
Voilà qui était embêtant. Très embêtant. Lisa avait fini son texte d’invitation, texte qui devait automatiquement être validé par la parfaite, parfaite qui était occupée ailleurs. Et surtout, Lisa venait de recevoir une bombe dans sa messagerie, bombe qu’elle ne voulait pas voir exploser. Après quelques secondes d’hésitation, Lisa retroussa les manches de sa tunique pour plonger les mains dans un carton d’archives poussiéreuses. Au fur et à mesure qu’elle triait les vieux journaux, elle vit se dessiner une alternative.
Les bombes n’explosaient pas toujours.
Non, elle ne serait pas obligée de répondre à Mélina. Lisa venait de trouver un excellent prétexte pour esquiver la demande de sa sœur.
Elle se félicita silencieusement de sa trouvaille, et replongea avec soulagement dans les vieux journaux élimés.


Dimanche vous sembliez libres

Vous étiez devant moi, plongés dans la fraîcheur du jardin et je vous observais. Pour toi, mon Paul, c’étaient les tâches de rousseur nouvellement apparues sur tes épaules. Pour toi, mon Ange, c’étaient tes orteils plus moelleux que jamais. Vous sembliez libres, tout occupés à goûter le printemps, et ainsi, je vous aimais.
Alors je savourais ce moment si rare où je me sentais femme. Femme de deux petits garçons délicieux, de deux petits hommes en devenir.
Vous m’aviez reproché deux jours plus tôt des choses terribles. Surtout toi, mon Ange, mon sensible : « Mélina, pourquoi tu ne me touches jamais ? » Vous aviez essayé de m’appeler « maman », et toujours je vous avais détrompé. J’étais née Mélina, il n’y avait aucune raison que ça change. Paul, Ange et Mélina, ainsi nous étions nés, ainsi nous resterions, je vous l’avais assez expliqué. Vous n’aviez pas compris, vous aviez seulement acquiescé, pour mon plaisir.
Ainsi, je vous aimais.
– « Mélina, pourquoi tu ne me touches jamais ? »
– « Mon tendre, parce que je ne touche qu’avec les yeux, tu ne le sais pas encore, à ton âge ? La fourchette contre le fond de l’assiette, la serviette éponge contre la peau, la nourriture molle contre les dents, les liquides froids contre la gorge… Toutes ces matières contre, ça me rend folle. Alors vos peaux contre la mienne, comprends-le mon Ange, c’est au-dessus de mes forces. »
Tu avais été triste en entendant cette réponse, je l’avais lu dans tes yeux, mais pas autant que moi mon fils.
Tu ne seras jamais aussi triste que moi de tout ce que je suis et de tout ce que je ne suis pas. Tu n’auras jamais idée du mal que ça me fait, ces phrases coupantes que tu me jettes à la figure. Pourquoi me veux-tu autre, puisque ni toi ni moi n’y pouvons rien ?

Vous étiez devant moi, plongés dans la fraîcheur du jardin, et je vous observais. Nous étions en vacances dans cette maison de campagne et vous sembliez libres.
Ainsi, je vous aimais.
Je vous aimais si fort que j’avais arrêté de lire pour vous regarder vivre. Monglobe, un roman que j’avais acheté à la gare avant de monter dans le train gisait, ouvert, le nez dans la rosée. Cela m’importait peu qu’il finisse gâté, puisque je n’y entendais rien.

Ces histoires de familles malades, je m’en étais toujours tenue à distance.


Avant le début, du nouveau pour la fin

Chers lecteurs, (si toutefois il en reste)

Une fois n’est pas coutume, je m’adresse directement à vous.

Qui est « je » ? C’est une autre histoire, et c’est bien de cela que je viens vous parler aujourd’hui.

Le premier cycle de Monglobe s’achève : les posts précédents ont été regroupés et retravaillés dans l’optique d’être publiés sous forme de roman.

Il y a donc une fin… Et un commencement. Une continuité : Monglobe mue.

Il est toujours insaisissable, rassurez-vous, et il se déclinera au gré des pronoms avec de nouveaux personnages…

L’auteur de Monglobe ignore encore comment car c’est là tout l’objet de ce blog : livrer au moment où, comme ça vient, à flux tendu.

Avant le début 2013, voici donc du nouveau pour 2012.

Merci de votre fidélité, de votre infidélité, de vos commentaires ou de vos absences de commentaires, de vos lectures régulières ou de vos incursions rapides en territoire Monglobesque.

Vous vivez, « je » vis, l’auteur de Monglobe vit et tous ensemble nous créons le mystérieux Monglobe…

A très bientôt pour de nouvelles aventures.

(Et bonne année grand-mère)

L’auteur de Monglobe.


Samedi elle reposait

Il l’avait à nouveau laissée derrière lui pour en rejoindre une autre, c’est ce qu’elle avait imaginé en mettant le lave-vaisselle en marche. Avant de partir il avait déposé un baiser sur son front, comme un père le ferait avec son enfant, puis il avait franchi le seuil de la porte sans se retourner. Elle avait tressailli en le voyant disparaître dans la cage d’escalier, s’était dit qu’elle ne le reverrait peut-être jamais. Puis elle avait haussé les épaules. Après tout, cette crainte était valable pour tous ses départs et ils étaient nombreux.

Il avait marché d’un pas vif jusqu’à sa voiture, s’était installé au volant et avait démarré sans un regard dans le rétroviseur. Il avait pris la direction de l’autoroute sans hésitation, il n’avait jamais aimé laisser la place au doute. Le ciel s’était dégagé au fur et à mesure, à croire qu’il roulait vers le soleil. Il avait glissé un disque dans une fente du tableau de bord et savouré les voix un bref instant avant de se concentrer à nouveau sur le goudron qui défilait. L’Opéra, c’était la seule chose qu’il avait jamais aimée écouter. S’il avait pu rouler toute la vie en écoutant des voix, il l’aurait probablement fait. Malheureusement, il y avait les contraintes extérieures et elles étaient nombreuses.

Il s’était arrêté sur une aire flanquée de trois cyprès en mal de tuteurs et jonchée d’herbe rare. Les toilettes messieurs étaient dans un état lamentable, il avait regretté les sous dépensés au péage et s’était mis en quête d’un café. Serré, sans sucre. Il l’avait humé comme avant, comme à l’époque où il avait le droit d’en boire. « Ulcère » avait déclaré le médecin quelques années plus tôt. Cela l’avait énervé, il supportait mal d’être malade et avait détesté l’idée de se passer de café. Contrainte extérieure, il haïssait décidément ce concept. Il avait expédié sa boisson en petites gorgées rapides, ignorant la sensation de brûlure. Il n’avait jamais su déguster quoi que ce soit. Puis il était remonté dans son véhicule pour reprendre sa route.

Il avait prévu d’arriver à destination avant le déjeuner, pour être plus tranquille, parce qu’il ignorait le temps qu’il lui faudrait pour faire ce qu’il avait à faire. Cette perspective le mettait en colère, il aimait pouvoir compter sur le temps, il n’aimait pas que les données lui échappent. Pourtant, cette fois, il n’avait pas le choix. Foutues contraintes extérieures.

Martin Maurèle avait dépassé le panneau d’entrée d’agglomération de Neille à 11 heures 46, sans que cela lui procure la moindre émotion. Il avait obliqué à gauche après avoir longé une série de maisons basses, contourné la place du village par la droite, puis il s’était garé trois minutes plus tard, prenant soin de dissimuler sa voiture dans une rue pentue à quelques mètres de la grille d’entrée. Après avoir fermé les quatre portières d’un même geste, Martin avait passé une main plane sur sa veste de costume. Ce n’était pas tous les jours qu’il allait voir cette femme-là, il se devait d’être présentable. Les dernières poussières envolées, il s’était mis en marche en songeant qu’un bouquet de fleurs aurait été de circonstance.

Il avait franchi la haute grille de fer forgé, et foulé la grande allée de son pas rapide. « Pourquoi faut-il toujours que tu coures ? » lui avait demandé Mathilde, un jour de fatigue. Il n’avait pas pris la peine de répondre et elle n’avait pas insisté, Martin ne répondait jamais aux questions stupides.

Les pierres lui avaient semblé plus grises que jamais sous le ciel d’hiver. S’il avait été en mesure de regretter ses actes, il s’en serait voulu d’avoir oublié les fleurs. Il avait fait quelques pas supplémentaires sans ralentir et s’était enfin arrêté devant la tombe où Violette Maurèle reposait. Puis il s’était penché vers la pierre usée.

« Bonjour maman ».


Vendredi nous imaginions

« Affaire classée », c’est ce qu’elle avait dit. Comme si c’était fini, comme si nous n’étions plus vides et que la vie allait nous sourire désormais. Comme si ces retrouvailles à l’arrache suffisaient à réparer. Mais qu’est-ce qu’on a échangé au juste, à part des banalités et des mensonges ?

« De toute façon, qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? », c’est ce qu’elle avait ajouté, je ne peux pas lui en vouloir. J’aurais voulu parler. J’aurais voulu demander à Martin des tas de choses et au lieu de ça j’ai gardé le silence. J’aurais voulu que Nouchka s’explique aussi, devant lui. Qu’elle nous dise pourquoi elle ne nous a jamais contactés depuis la mort de maman, s’il est vrai que Martin et elle ont continué à se voir, comme le susurrent les gens du village… D’ailleurs, est-ce qu’elle est réellement partie dans cet internat dont ils ont parlé ? Où sont les preuves ?

Jérôme, mon vieux, tu deviens parano. C’est ta sœur quand même, ta version féminine… Tu douterais d’elle ? Bien sûr que je doute, elle a disparu de ma vie pendant quinze ans. Et quelques jours plus tôt encore je pensais ne jamais la revoir. Et puis il y a maman. Tombée du toit ? Poussée par Nouchka ? Quoi encore… Tentative de suicide réussie ? Non, pas ça, elle ne nous aurait jamais laissés.

Quelque chose cloche, quelque chose ne tourne pas rond. Je ne sais pas trop ce que c’est mais un détail m’échappe… Comme tout le reste, finalement, je n’ai de prise sur rien. Fidèle à moi-même, j’ai agi sous le coup d’une impulsion et voilà le résultat. Bingo Jérôme, bravo. Tu voulais faire la peau à ton père, tu reviens avec de la brume dans la tête. Une bonne couche, un brouillard bien dense, comme celui qui planait sur cette foutue ville. Et le pire, c’est que si on y retournait, ce serait la même chose. Il y aurait ce milliard de questions qui reste coincé dans la gorge, dans le ciboulot, dans les poings. Nouchka avait raison, comme toujours, ce n’était pas une bonne idée d’y aller.

Qu’est-ce que nous imaginions, Tchouch et moi ?

Oh, connaissant Tchouch, une réconciliation. On aurait passé la journée à manger des madeleines et à parler de la pluie et du beau temps pour faire bien. On serait parti faire une balade tous ensemble en fin d’après-midi : Nouchka, Elle, Mathilde, Martin et moi… Je suis presque certain que dans le rêve de Tchouch, on aurait programmé un déjeuner du dimanche pour le week-end à venir. Du poulet, des chips, du vin et une petite salade verte pour se donner bonne conscience. Martin aurait affiché un sourire constant et se serait amusé avec ses petits-enfants, comme un vrai papi gâteau. Parce que les rêves de Tchouch sont toujours comme ça, colorés et impossibles.

Et moi, j’imaginais que j’allais l’affronter. Pour une fois dans ma vie je l’aurais chopé par le col, histoire de lui rendre la pareille. Il aurait lutté, m’aurait fait reculer, mais j’aurais resserré la poigne et il serait devenu rouge. Impuissant. Je l’aurais secoué en lui hurlant dessus, en le traitant d’assassin, en me foutant de savoir si j’avais raison ou tort. Je lui aurais dit qu’il était un lâche, un sinistre de première, un vieux con qui finirait seul. Parce que sa femme partirait, parce qu’on ne restait pas avec un sale type comme lui. Après ça je l’aurais obligé à s’asseoir et à tout raconter. Devant Tchouch, devant Nouchka. Je l’aurais pressé comme un citron pour obtenir la vérité.

« Tu as ta vérité et j’ai ma vérité » c’est ce que Nouchka avait dit. Foutaises, c’est trop facile, ça ne marche pas comme ça.

La vérité absolue.

Je crois que c’est ce que nous imaginions, c’est ce que nous étions venus chercher.


Jeudi ils avaient roulé

Ils étaient partis une demi-heure plus tôt, tous les trois, en silence. Parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire, parce que quinze ans avaient passé, parce que Martin avait sa vie à mener et qu’ils avaient la leur à reprendre.

Jérôme conduisait à la vitesse légale, grâce au régulateur, Tchouch avait repris sa place à l’arrière entre les deux sièges et Nouchka avait appuyé son front contre la vitre, gardant son sac serré tout contre sa poitrine. Ils laissaient la brume derrière eux, celle qui enveloppait la ville, un savant mélange de fumée et d’humide qui ne faisait de bien à personne au fond. Dans l’appartement des Maurèle, Mathilde ramassait les morceaux de madeleine épars, en pensant aux carpaccios de saint-jacques intacts.

A Neille, Maël faisait les cent pas sur le chemin de la source pour vérifier l’état de son dos fragile. Cela criait encore par endroits. Il fallait adapter le pas, allonger la foulée ou la restreindre, épouser une ornière ou l’éviter. Cela se remettrait, c’était une question de temps, tout irait bien maintenant que l’inquiétude était partie. Raymondin allait revoir sa Mélusine, il était à nouveau sûr pour deux.

Dans la voiture qui les ramenait vers le village, les jumeaux et leur sœur aînée reprenaient doucement des couleurs. Peut-être parce que le ciel était plus dégagé ou peut-être parce que le chauffage apaisait leurs mains froides.

–       « Et si on écoutait un peu de musique ? Ce serait plus gai, n’est-ce pas ? » avait dit Tchouch.

Jérôme avait regardé Nouchka, qui avait regardé la radio avant de l’allumer. C’était la première fois qu’elle s’en servait. D’abord parce que la voiture appartenait à son frère, ensuite parce qu’elle n’allumait jamais la radio quand elle prenait la route. Par mimétisme, ou par respect, son mari ne l’écoutait pas non plus.

A force de tourner le bouton volumineux, elle avait reconnu une voix familière. Elle n’aurait pas su dire qui c’était, Tchouch était venue à son secours.

–       « Oh laisse ! C’est les Rolling Stones ! »

–       « You can’t always get what you want » avait ajouté Jérôme.

–       « Oui c’est celle-là ! Je l’adore ! »

Et Tchouch avait chanté avec Mick Jagger, bougeant la tête entre les deux sièges au son de la musique. Elle avait chanté tellement fort que son frère et sa sœur avaient souri. Nouchka n’avait jamais aimé les Rolling Stones, pas plus à l’époque où sa sœur les écoutait dans le salon de la maison familiale qu’à présent, dans cette voiture, des années plus tard. Pourtant il lui fallait bien reconnaître que la musique avait du bon. Elle avait repensé à la danse, dans la courette et dans les champs, la danse bizarre que Tchouch aimait tant. Cela faisait longtemps que Nouchka ne l’avait plus pratiquée, elle ne savait pas trop pourquoi.

–       « Nouchka, monte encore le son s’il te plaît ! C’est Gilbert Bécaud ! »

Anouk avait augmenté le volume, tout en songeant que sa sœur avait de drôles de goûts musicaux. Sur le siège conducteur, Jérôme avait soupiré. Tchouch, elle, semblait déchaînée. Alors qu’elle hurlait un énième refrain, Jérôme avait dit faiblement :

–       « Nouchka, tu ne m’en veux pas ? »

Anouk l’avait regardé avant de répondre.

–       « C’est plutôt à moi de poser cette question. »

Jérôme avait haussé les épaules en guise de réponse.

–       « Disons… Affaire classée. De toute façon, qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? » avait ajouté Nouchka.

–       « Hormis subir la voix de Tchouch jusqu’à la maison, pas grand-chose » avait rétorqué Jérôme.

Et ils avaient roulé jusqu’à chez eux.